Qu'est-ce qui rend un graffeur célèbre ?
La notoriété d'un graffeur ne se mesure pas au nombre de murs peints. Trois critères reviennent chez tous ceux qui ont franchi le seuil de la reconnaissance : une signature visuelle identifiable en une seconde, une entrée dans les institutions — musée, galerie, commande publique — et une influence sur les générations suivantes, mesurable au nombre d'artistes qui reprennent leurs codes.
Ce basculement ne date pas d'hier. Il commence à New York à la fin des années 1970, quand les galeries commencent à s'intéresser aux writers du métro, et se poursuit en Europe dans les années 1980 avec le pochoir parisien et la scène londonienne. Pour comprendre comment ce mouvement s'est installé, notre histoire du street art retrace les grandes étapes, et le tour d'horizon des styles de graffiti aide à situer chaque artiste dans une famille esthétique.
Les 10 graffeurs et tagueurs les plus connus
Classement non hiérarchique : ces dix artistes n'appartiennent ni à la même génération ni à la même école, mais chacun a déplacé une frontière.
1. Futura 2000
Leonard Hilton McGurr, dit Futura 2000, peint dans le métro new-yorkais dès les années 1970. Sa rupture : abandonner le lettrage pour l'abstraction pure, à une époque où le graffiti se résume aux lettres. Ses aplats de couleur et ses formes flottantes n'ont pas d'équivalent sur les rames de l'époque.
Il travaille avec le groupe The Clash, dont il peint des décors de scène et une pochette, puis collabore avec les marques de streetwear. C'est en grande partie par lui que le graffiti entre dans les galeries au début des années 1980.
2. Jean-Michel Basquiat
Avant d'être le peintre que l'on connaît, Basquiat tague les murs de Manhattan sous le pseudonyme SAMO, avec des phrases énigmatiques plutôt que des lettrages. Il passe à la toile au début des années 1980 et devient, en quelques années, l'une des figures majeures de l'art contemporain américain.
En mai 2017, son Untitled de 1982 est adjugé 110,5 millions de dollars chez Sotheby's, un record pour un artiste américain. Aucune trajectoire ne résume mieux le passage du mur au musée.
3. Banksy
Le plus connu du grand public, et le seul dont personne ne connaît le visage. Ses pochoirs à message politique, posés sans autorisation puis protégés sous plexiglas par les propriétaires eux-mêmes, ont créé un paradoxe permanent entre vandalisme et patrimoine.
En octobre 2018, son Girl with Balloon s'auto-détruit partiellement dans une broyeuse dissimulée dans le cadre, quelques secondes après son adjudication chez Sotheby's. Rebaptisée Love Is in the Bin, l'œuvre est revendue en octobre 2021 pour 18,58 millions de livres, un record pour l'artiste.
4. Blek le Rat
Xavier Prou commence en 1981 à pocher des rats sur les murs des 14e et 18e arrondissements de Paris. L'idée du pochoir lui vient d'un souvenir italien, un portrait de Mussolini vu enfant. La technique, rapide et reproductible, devient la marque de fabrique de tout un pan du street art européen.
Banksy lui-même a reconnu son influence. Sans Blek le Rat, le pochoir urbain tel qu'on le connaît n'existerait probablement pas.
5. Shepard Fairey (Obey)
Tout commence en 1989 avec un autocollant, André the Giant Has a Posse, collé par milliers puis décliné en logo OBEY. Fairey construit sa notoriété sur la répétition et la saturation de l'espace urbain, avec une esthétique de propagande détournée.
En 2008, son affiche Hope pour la campagne de Barack Obama devient l'une des images politiques les plus diffusées de la décennie, et le fait passer définitivement du mur à l'histoire du graphisme.
6. JR
Parti du graffiti dans le métro parisien, JR bascule vers la photographie collée en très grand format sur les façades. Ses portraits monumentaux ont couvert des murs en Israël et en Palestine, des favelas de Rio, et son projet participatif Inside Out a essaimé dans des dizaines de pays.
Ses collages sur la pyramide du Louvre l'ont fait connaître d'un large public, et Visages Villages, coréalisé avec Agnès Varda, a été nommé à l'Oscar du meilleur documentaire en 2018.
7. Mode 2
Figure fondatrice de la scène européenne, Mode 2 s'impose à Londres au milieu des années 1980 au sein des Chrome Angelz. Là où la plupart des writers travaillent le lettrage, lui dessine des personnages : silhouettes en mouvement, corps stylisés, scènes de fête.
Son influence sur le graffiti français et sur toute la culture hip-hop européenne est considérable, et son trait se reconnaît immédiatement.
8. Doze Green
Doze Green appartient à la génération new-yorkaise qui vit le hip-hop de l'intérieur : b-boy du Rock Steady Crew avant d'être peintre. Ses compositions mêlent figures cubistes, symboles ésotériques et références à la culture urbaine.
Il fait partie des writers passés durablement du mur à la galerie, avec un travail exposé bien au-delà des États-Unis.
9. Boris Tellegen (Delta)
Actif sous le nom de Delta dès les années 1980, cet artiste néerlandais est le premier à donner du volume aux lettres : ses compositions ressemblent à des structures d'ingénierie plutôt qu'à du lettrage plat. Sa formation d'ingénieur industriel n'y est pas étrangère.
Il travaille aujourd'hui la sculpture, le relief et l'installation, prolongeant en trois dimensions ce qu'il avait commencé à la bombe.
10. Eron
Davide Salvadei, dit Eron, a poussé la bombe aérosol vers un rendu vaporeux proche de la peinture classique, à des années-lumière du trait net du graffiti traditionnel.
En 2010, il peint à la bombe le plafond de l'église San Martino in Riparotta, à Rimini : Forever and ever… nei secoli dei secoli est considérée comme la première œuvre de street art réalisée dans un lieu de culte.
En un coup d'œil
| Artiste | Origine | Apport |
|---|---|---|
| Futura 2000 | New York, 1955 | L'abstraction dans le graffiti |
| Jean-Michel Basquiat | New York, 1960-1988 | Du tag SAMO au marché de l'art |
| Banksy | Bristol, anonyme | Le pochoir politique mondialisé |
| Blek le Rat | Paris, 1951 | L'invention du pochoir urbain |
| Shepard Fairey | États-Unis, 1970 | La sérigraphie et le logo OBEY |
| JR | France, 1983 | Le collage photographique monumental |
| Mode 2 | Île Maurice | Le personnage plutôt que la lettre |
| Doze Green | New York | Le lien hip-hop et peinture |
| Boris Tellegen (Delta) | Amsterdam, 1968 | Le volume et la sculpture |
| Eron | Rimini, 1973 | L'aérosol figuratif et sacré |
Et en France ?
La France occupe une place à part dans cette histoire : Blek le Rat y a inventé le pochoir urbain, JR y a réinventé le collage, et Mode 2 y a passé une partie de sa carrière. Mais la reconnaissance ne se joue plus seulement dans les musées. Elle passe aussi par la commande : mairies, bailleurs sociaux, écoles et commerces font désormais appel à des graffeurs pour transformer des murs aveugles.
Keusty, graffeur nivernais
Keusty commence dans les années 1990 sur les bâtiments neversois. Après vingt ans de pratique dans les rues de la cité, il met son travail au service de décorations pour particuliers et commerces de proximité, et intervient auprès des écoles de la Nièvre pour transmettre sa pratique.
Ses réalisations ont été remarquées par la mairie de Nevers, et il participe à la rénovation de l'habitat avec des fresques atteignant près de 18 m². C'est exactement le parcours qui a fait passer le graffiti de la marge à la commande publique, à l'échelle d'un territoire.
Un mur, une façade, une vitrine à transformer ? Notre graffeur professionnel intervient dans toute la France, pour les particuliers comme pour les collectivités et les entreprises.
Découvrir nos réalisationsQuestions fréquentes
Auprès du grand public, c'est Banksy, dont l'anonymat et les coups d'éclat en salle des ventes ont largement dépassé le cercle des amateurs de street art. Dans le milieu du graffiti lui-même, la référence historique reste Futura 2000, qui a ouvert la voie à l'abstraction et aux galeries dès les années 1980.
Blek le Rat, pionnier du pochoir depuis 1981 et revendiqué comme influence par Banksy, et JR, dont les collages photographiques monumentaux ont été exposés dans le monde entier et qui a été nommé à l'Oscar du meilleur documentaire en 2018 avec Agnès Varda. Mode 2, installé une partie de sa carrière en France, compte également parmi les figures majeures de la scène européenne.
Le tag est une signature, tracée vite, souvent d'un seul geste, et c'est la forme la plus ancienne du mouvement. Le graffiti désigne des pièces plus élaborées : lettrages travaillés, personnages, fresques, avec couleurs, contours et volumes. Beaucoup d'artistes reconnus ont commencé par le tag avant de développer un travail plus construit.
Par la pratique d'abord, sur des supports légaux ou des murs d'expression libre, puis par la constitution d'un portfolio de réalisations. L'activité professionnelle passe ensuite par la commande : décoration d'intérieur, vitrines de commerces, fresques pour collectivités, ateliers en milieu scolaire. C'est ce marché de la commande, plus que la rue, qui fait vivre les graffeurs aujourd'hui.
Sources
- Futura 2000, Jean-Michel Basquiat, Banksy, Blek le Rat, Shepard Fairey, Mode 2 et JR — Wikipédia
- jr-art.net, dozegreen.com et eron.it — sites officiels des artistes